Souvent, les personnes travaillant leur respiration s’étonnent du peu de résultats durables qu’ils peuvent observer. Cela peut être frustrant, surtout lorsque les portes d’entrée à ce travail provoquent des sensations spectaculaires. Alors pourquoi est-il difficile de constater des effets? La respiration est un élément central de notre physiologie par conséquent c’est également un processus très régulé. La conséquence de cela est qu’il est difficile d’agir de façon spectaculaire sur son corps en utilisant la respiration tout en ayant des effets durables. Pourquoi? A cause de l’homéostasie. En effet, l’homéostasie est un état d’équilibre qu’en l’occurrence votre corps a trouvé et pour cela, de nombreux systèmes entrent en jeu pour le maintenir. En effet, la perte de cet équilibre peut être désastreuse pour son fonctionnement! Par conséquent, il va être difficile de déplacer cet équilibre. Pourtant, c’est faisable, avec une bonne méthode et du temps de pratique!

 

 

L’homéostasie, un état indispensable

 

Tout d’abord, définissons l’homéostasie. L’homéostasie est en biologie l’état d’équilibre d’un facteur clé (pH, température, glycémie, microbiote…) qu’un système maintient parce que cela lui est bénéfique. Pour maintenir ce système, des mécanismes de régulation entre en jeu de façon dynamique et s’équilibrent les uns avec les autres. Par exemple, pour la glycémie, lorsqu’il y a trop de sucre dans le sang, de l’insuline va être libérée pour le stocker. A l’inverse, s’il y en a pas assez, le glucagon va permettre à l’organisme d’en produire. Pour la température, s’il fait trop froid, les muscles vont venir se contracter pour produire de la chaleur. A l’inverse, si les muscles produisent trop de chaleur, la sudation va permettre en échangeant l’énergie thermique avec l’extérieur de maintenir la température corporel au même niveau.

Il est donc difficile de déplacer cet équilibre. Pour cela, il faut saturer un système de régulation, ce qui n’est pas une bonne chose. En effet, si l’équilibre est à cet endroit, c’est que cela est nécessaire à un moment donné.

Le problème, c’est qu’autant l’homéostasie est nécessaire, autant parfois, cet état est trouvé alors qu’il n’est pas optimal dans l’absolu. L’exemple le plus évident est par exemple la posture. Peu de personnes ont réellement une bonne posture. Leur posture s’est adaptée en fonction des contraintes auxquelles elles ont été soumises pendant une période. Le corps a donc trouvé son équilibre en prenant ces contraintes en compte. Malheureusement, en prenant en compte ces contraintes, le corps ne « pense » pas sur le long terme. C’est ainsi que l’on se retrouve avec des problèmes de type troubles musculo-squelettiques. Or, pour rétablir une bonne posture lorsque la posture est mauvaise, cela prend beaucoup de temps. En effet, il faut aller contre l’état d’équilibre qui s’est installé. Ceci se fait en cherchant à déplacer cet état vers une zone qui nous intéresse plus. Ceci implique d’aller contre une partie des systèmes de régulation tout en en renforçant d’autres.

 

L’homéostasie respiratoire

 

La respiration est un système central de notre fonctionnement. Il n’est donc pas surprenant qu’elle soit très régulée, mécaniquement, nerveusement, chimiquement. Cependant, une autre couche de complexité s’ajoute, la respiration participe aussi à la régulation d’autres systèmes. Par exemple, l’effort physique va accélérer le métabolisme qui aura besoin d’être plus alimenté et donc va accélérer la respiration. Il va donc être complexe d’utiliser sa respiration pour changer quelque chose en peu de temps puisqu’elle va être influencée par de nombreux autres facteurs.

Evidemment, avec des méthodes comme la méthode Wim Hof, on peut avoir une modification transitoire de notre respiration qui va entraîner des efforts importants sur notre physiologie. Néanmoins, par l’activité des autres systèmes de régulation, cet état ne pourra pas durer. Par exemple, l’alcalanisation transitoire liée à l’hyperventilation sera rapidement gommée par l’activité des reins. L’effet aura donc été important, mais il ne durera pas. Idem pour la cohérence cardiaque qui doit être fait au moins trois fois par jour pour avoir un effet durable. Néanmoins, sans pratique, le système nerveux autonome revient à son état habituel et fait perdre cet état agréable.

Dans tous ces cas, tout votre corps va chercher à revenir à son état normal le plus vite possible, son état d’homéostasie. cela ne veut pas nécessairement dire que cet état d’homéostasie est le plus adapté en règle générale… Ainsi, si vous êtes en état de stress constant, votre équilibre penchera vers l’orthosympathique et le corps restera dans cet état pour tenir la situation de stress. Dès que vous allez le calmer, il va chercher à revenir à l’état excité pour résister.

 

Comment créer un nouvel état d’homéostasie?

 

Ainsi, avoir un changement profond va forcément prendre du temps. En gros, il y a deux moyens pour cela, soit votre système ne reconnait pas votre nouvel état comme un déséquilibre et donc ne va pas chercher à tirer dans l’autre sens. Soit, vous déséquilibrez votre état en surstimulant un élément de régulation au détriment d’un autre. Comme souvent, c’est en entrant pas en conflit direct que les résultats seront les meilleurs. Pour cela, on va jouer sur un autre principe de l’homéostasie que l’on pourrait appeler la zone tampon.

L’état d’homéostasie n’est pas un point figé. C’est une zone de tolérance dynamique en dehors de laquelle tous les systèmes s’activent pour retrouver cette zone. L’objectif sera donc de fleurter avec les limites de cette zone pour habituer petit à petit le corps à ce léger déséquilibre. Ainsi, pour allonger la respiration, il va falloir aller trouver la bonne limite où on équilibre inspiration et expiration (pour l’exercice). On va chercher le temps maximum avant le début de l’inconfort pour des rétentions. On va tenir une position à la limite de l’effort pour changer la manière de bouger. Bref, on va faire un travail continu mais progressif pour ne pas rencontrer de résistance du corps.

Malheureusement, ce ne sera pas impressionnant et ce n’est qu’au bout de quelques semaines que vous constaterez des effets. Pour donner un exemple, la plupart des participants aux cours en ligne qui sont là depuis un an avaient au départ du mal à respirer sur quinze secondes. Aujourd’hui, la majorité arrive à faire une respiration sur une minute et tenir ce rythme plusieurs minutes. La conséquence de ce travail est que leur respiration s’est largement ralentie aussi dans leur quotidien et tous ont constaté des changements importants par rapport au début de leur travail. Par contre, aucun ne peut voir un changement d’une semaine à l’autre. Il y a donc un aspect frustrant à ce type d’approche. Toutefois, je ne connais pas de méthode de changement profond qui se fasse instantanément et de façon spectaculaire. Un autre exemple est la cohérence cardiaque. Pour ceux qui arrivent à se tenir sur le protocole sur une longue durée, cet état devient quasiment naturel. Par contre, ils ne verront pas de différence d’un jour sur l’autre.

 

Conclusion

 

Modifier en profondeur un système à son état d’homéostasie est quelque chose de compliqué. Pour y parvenir, il faut y passer du temps et être le moins agressif possible pour ne pas aller contre les systèmes de régulation. Cela ne laisse pas la place au spectaculaire puisque justement, des effets forts vont entraîner une réponse corporelle forte. Pire, vous pourriez rendre plus forts les systèmes de régulation en les sollicitant constamment. Il est donc contre-productif de chercher à aller vite si on veut observer un changement durable.

Alors comment faire pour rester motivé? En distinguant bien ce que je travaille pour trouver un nouvel état d’équilibre et ce que je met en place pour avoir un bien-être immédiat. N’hésitez donc pas à panacher vos séances de respiration d’exercices de fond et d’exercices de bien-être!

 

A bientôt!

 

Yvan

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