Comme les lecteurs réguliers du blog ont pu le constater, je parle régulièrement d’arts martiaux dans mes articles. Evidemment, mon parcours est passé par la pratique de ces disciplines pendant longtemps (et toujours aujourd’hui) et donc il semble naturel pour moi d’y faire référence. Cependant, il y a plus. La pratique martiale est définitivement une excellente forme d’entraînement pour mieux comprendre et améliorer sa respiration. Pourquoi ? C’est l’objet de cet article.

La pratique des arts martiaux

 

Quand on parle arts martiaux au grand public, le judo, le karate, le kung-fu ou taekwondo arrivent dans l’esprit des gens. Pour d’autres raisons, le MMA peut aussi parler aujourd’hui mais je ne le classe pas vraiment dans la même catégorie de pratique. Les arts martiaux ont une image de pratique introspective, de rigueur et de mystère. En pratique, c’est une activité comme une autre quand elle est pratiquée en loisir. Néanmoins, peut-être plus qu’ailleurs, l’objet des arts martiaux fait que si on s’y investit vraiment, on y apprendra beaucoup sur nous-mêmes.

De part leur objectif métaphorique qui est de tuer l’autre (l’autre n’étant pas forcément un autre individu d’ailleurs…), les arts martiaux mettent en lumière beaucoup de choses sur nous. Comment je réagis face à la douleur, à la peur, au regard des autres. Est-ce que je vais être destructeur, pédagogue, renfermé sur ma façon de combattre ? Vais-je être relâché et mobile, stable et puissant, contracté et explosif ? Qu’est-ce que je ressens quand l’autre tombe ? Quand je tombe ? Et surtout, la question centrale, pourquoi je pratique ?

Toutes ces questions et bien d’autres éclairent de façon crue sur qui nous sommes lorsque les réactions sont instinctives. Souvent ça peut faire mal à l’ego . Néanmoins, en mettant sans filtre en évidence ce qui ne va pas, les arts martiaux donnent l’occasion parfaite d’y remédier.

 

La respiration dans les arts martiaux

 

Dans la plupart des arts martiaux, la respiration n’est pas vraiment centrale. C’est un outil de travail permettant d’être plus performant ou alors d’avoir une pratique de santé. Assez peu d’arts martiaux utilisent la respiration comme pratique de construction corporelle. Personnellement, le systema et le gojo-ryu, un style de karate, sont les seuls que je connaisse chez qui on pourrait dire que c’est le cas.

Bien sûr, on parle de respiration par le hara (point situé un peu sous le nombril) et de kiai, un cri utilisé dans les arts martiaux japonais émis justement par le hara. Ce hara doit être ferme et lors du cri, la contraction du hara permet de lier toute la structure. Dans les arts martiaux japonais, il y a donc un travail autour de cette expiration et une forme de tenue de la posture par ce point. Néanmoins, on ne peut pas dire que la façon de bouger tourne autour de cela. L’autre point où l’on retrouve la respiration est à l’effort où on va faire en sorte de ne jamais être en apnée histoire de ne pas se cramer trop vite.

Enfin, si l’on regarde du coté des pratiques de santé, la respiration est souvent lié à un outil de visualisation de mouvement interne et du chi ou ki, une forme d’énergie qui se déplacerait dans le corps. En envoyant cette énergie dans certaines zones douloureuses via la respiration, on aide à la détente de la zone et à sa guérison.

Bref, la respiration dans les arts martiaux est plus une astuce qu’un point essentiel. On en parle mais on en fait pas grand chose de particulier.

 

Les arts martiaux dans la respiration

 

La respiration est donc loin d’être centrale dans les arts martiaux alors pourquoi est-il intéressant de les pratiquer pour améliorer la respiration ?

Souvent, la pratique respiratoire consiste à se mettre assis ou allongé et de respirer. Parfois, on se met dans une position que l’on tient. Dans ce cadre, il est possible de faire des exercices vraiment difficiles via des rétentions, des allongements de la respiration, des motifs particuliers ou du travail de visualisation. Ce type d’exercice apporte donc beaucoup. Cependant, à un moment donné, il faut que ce qui est travaillé soit soumis au test. Votre respiration vous permet d’être un moine zen pendant la pratique assise ? Vous êtes capable de tenir deux minutes en apnée sans aucun problème ou de courir que par le nez ? Vous pouvez tenir une position compliquée et garder une respiration fluide ? Vous sentez votre énergie lier tout votre corps et le guérir dans un bain de lumière ? C’est excellent. Mais c’est dans un cadre qui n’est pas réel.

Est-ce que dans une réunion qui vous énerve au plus haut point vous pouvez retrouver votre calme en respirant ? Est-ce que vous gardez une respiration lente et calme alors que vous êtes surchargé de boulot ? Êtes-vous capables de ne pas vous plaindre de votre charge mentale parce que vous tenez la chandelle pendant cinq minutes ? Avez-vous réellement un corps sans douleur ?

La limite de la pratique respiratoire classique est là. Le confort arrive vite et l’environnement est sous contrôle voire parfois, il est imaginaire. C’est donc là que les arts martiaux entrent en jeu. Un coup de point dans le plexus solaire à la propriété intéressante de ne pas vraiment blesser mais de détruire sans aucune subtilité toute illusion sur notre capacité à gérer du stress. Un partenaire non complaisant à le pouvoir d’annihiler toutes les compétences imaginaires que l’on peut avoir. Enfin, le travail en opposition permet de mettre à l’épreuve la robustesse de votre technique respiratoire.

 

L’importance du travail en situation chaotique

 

La vie est chaotique et cela engendre des effets néfastes. Ce sont ces effets qui vous poussent à aller chercher des solutions par la pratique respiratoire. Ces solutions existent bel et bien mais elles doivent être bien en place pour pouvoir être utilisées en situation chaotique.

Est-ce que la vie de mes élèves change ? C’est la seule question que je me pose pour savoir si mon travail est efficace et s’il a été intégré. Si au bout de quelques temps de pratique de la méthode REBO2T il n’y a pas de changements, c’est qu’il y a un problème. Quels sont les changements ? La posture, les réactions, les centres d’intérêt, les interrogations, la vie professionnelle et personnelle.

Il ne peut pas y avoir ce type de changements si la pratique n’est pas intégrée. Si la personne pratique bien en cours mais que rien ne bouge, c’est que sa pratique s’arrête avec les créneau du cours en question.

Si c’est le cas, c’est que le gap est trop grand entre l’aspect cocooning du cours et le mouvement permanent de la vie. Il faut donc amener de ce chaos dans le cours et pour cela, j’utilise donc de nombreux exercices issus des arts martiaux. Contraintes physiques, psychologiques, opposition, travail en résistance sont les éléments qu’il doit y avoir pour que la personne puisse utiliser dans la vraie vie ce qu’elle apprend en cours.

Les arts martiaux sont un miroir

Avec le temps et la pratique, les arts martiaux permettent de reconnaître soit même les choses qui clochent. Généralement, je ne donne que très peu d’indication de façon spontanée sur les problèmes des élèves. Pourquoi ? Parce que cette information n’est intéressante que si la personne a vraiment conscience qu’elle a un soucis. A ce moment-là, elle se posera elle-même la question et sera beaucoup plus ouverte à écouter la réponse qui parfois est désagréable puisqu’elle heurte ce que l’on pense être.

La pratique martiale va donc avoir cet effet miroir qui permettra d’accélérer grâce à la pratique sous contrainte avec un partenaire la prise de conscience des points de faiblesse. C’est pourquoi je vais désormais intégrer la pratique martiale à mon enseignement de la respiration et que je vous conseille même si ce n’est que pour un an de vous inscrire dans un club d’arts martiaux pour mettre à l’épreuve votre pratique !

Conclusion

La pratique de la respiration doit se confronter à des situations réalistes si les compétences développées pendant les cours ont vocation à être appliquées dans la vie courante. Pour cela, la pratique des arts martiaux peut être d’une grande aide.

Que ce soit au niveau de la construction et de l’utilisation du corps, de la gestion du stress ou autres, les arts martiaux proposent des situations permettant de tester ce travail. Passer la porte d’un dojo n’est pas toujours évident pour les gens et les pratiques respiratoires peuvent paraître opposées aux pratiques martiales. Autant les pratiquants pourront utiliser la respiration pour améliorer leurs performances, les pratiquants de diverses méthodes de respiration pourront utiliser les arts martiaux pour tester les leurs. Ainsi, je conseille à tous d’essayer au moins un petit moment ces pratiques, ne serait-ce que pour faire un point sur où vous en êtes.

Est-ce que les pratiques sportives classiques ne permettent pas la même chose ? Certainement. Néanmoins, les arts martiaux laissent un espace important à l’introspection et l’observation de soi, ce qu’un match de foot ne permet pas aussi facilement. C’est pourquoi je conseille plutôt les arts martiaux et que je les intègrerai désormais dans mon enseignement.

Nous pratiquerons d’ailleurs cela lors du stage de cet été où j’espère vous voir nombreux !

A bientôt

Yvan

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