Respiration inversée: un massage interne
Vous avez sûrement déjà vu de la respiration inversée. La personne est assise en tailleur, elle inspire, expire fort puis là, son ventre semble totalement disparaître. Il ne reste alors plus que les grands droits qui bougent de droite à gauche! Quelle est cette respiration ? A quoi sert-elle? C’est ce que nous allons voir dans cet article.

Il faut d’abord préciser ce que l’on regarde. Le mouvement spectaculaire des grands droits correspond plutôt au nauli, associé au creusement abdominal d’uddiyana. Ce n’est pas le même geste que rentrer le ventre pendant une inspiration avec entrée d’air. Dans un cas, on modifie la coordination entre le ventre et le thorax pendant que l’on respire. Dans l’autre, le geste se réalise après expiration, sans faire entrer d’air. Les apparences peuvent se ressembler, mais la mécanique est différente.
La respiration inversée
C’est une pratique que l’on retrouve dans de nombreuses traditions. Dans la version de base décrite ici, son principe est simple : on inspire par le nez en rentrant le ventre, on expire par la bouche en le relâchant. L’intérêt principal que j’y vois est de mettre la région abdominale en mouvement et de travailler une coordination inhabituelle.
C’est une respiration que je trouve très énergisante. Je parle ici du ressenti après la pratique. Cette sensation ne suffit pas à dire que les cellules ont reçu davantage d’oxygène ou produit davantage d’énergie.
L’image du « massage interne » vient de cette mobilisation. La paroi abdominale, le thorax et les pressions participent à l’exercice. Par contre, regarder le ventre se creuser ne permet pas de mesurer le déplacement des intestins ni de connaître les pressions dans chaque région. Une petite étude historique sur uddiyana et nauli mesurait justement des pressions internes chez quatre personnes. Elle étudiait ces manœuvres particulières, pas toutes les pratiques appelées « respiration inversée », et ne mesurait aucun bénéfice digestif.
Le mouvement peut-il avoir un intérêt pour les tissus ?
Mon hypothèse est que remettre du mouvement dans cette région pourrait avoir un intérêt pour le confort abdominal et le comportement des tissus. C’est la question qui m’intéresse derrière l’idée de massage. Les tissus réagissent aux contraintes mécaniques : chez le rat, des travaux sur l’étirement et la résolution de l’inflammation ont trouvé des modifications de la réponse inflammatoire dans des tissus sous-cutanés. D’autres expériences chez la souris ont étudié des marqueurs impliqués dans la réparation des tissus.
Cela donne une piste à explorer. Cela ne démontre pas que rentrer le ventre en inspirant prévient l’inflammation ou la fibrose des intestins humains. Il faudrait étudier le geste lui-même, les tissus mobilisés et les effets obtenus. L’hypothèse reste intéressante précisément parce que ces étapes demandent encore à être vérifiées.
On trouve aussi des résultats sur le massage manuel de l’abdomen chez des personnes constipées. Dans cet essai de quatre semaines, 74 adultes recevaient soit un massage avec des conseils de mode de vie, soit une intervention factice avec les mêmes conseils. Les symptômes s’amélioraient davantage dans le groupe massage. C’est un résultat sur une intervention manuelle, pas une démonstration de l’efficacité de la respiration inversée. Les deux ne sont pas interchangeables.
Comment pratiquer ce type de respiration?
Pour découvrir la coordination de base, le point important est de sentir quand le ventre se rétracte et quand il se relâche. Il n’est pas nécessaire de rechercher une expiration maximale ni un ventre aussi creusé que sur une démonstration.
- Allongez-vous.
- Laissez d’abord votre respiration se faire confortablement.
- Inspirez par le nez en rentrant légèrement le ventre. Dans cette variante, l’air entre réellement ; le thorax doit pouvoir s’ouvrir.
- Sur l’expiration, relâchez le ventre, sans le pousser avec force.
- Recommencez si cela reste confortable, puis retrouvez votre respiration spontanée et observez la différence.
Ceci est la respiration inversée, de base. L’amplitude peut rester petite. Si vous devez bloquer l’air, crisper le cou ou forcer pour obtenir le mouvement, réduisez l’effort. Une douleur, des vertiges, un malaise ou une gêne respiratoire imposent d’arrêter l’exercice ; si le symptôme persiste, faites-le évaluer. Pendant la grossesse, après une intervention abdominale récente ou en présence d’une maladie pour laquelle les efforts respiratoires sont déconseillés, la pratique demande un avis adapté.
La version avancée: combiner une respiration rapide avec la respiration inversée
La version avancée de l’article associait deux éléments : une phase de respiration nasale rapide, avec expiration active et inspiration laissée passive, puis un travail de rentrée du ventre et d’ouverture du thorax. L’idée de cette alternance reste de faire varier la contrainte et de voir comment on organise ensuite le mouvement.
La phase rapide se rapproche de certaines pratiques de respiration d’ancrage et de kapalabhati. Elle demande à être distinguée du geste abdominal qui suit. L’image « envoyer l’inspiration plus haut » décrit ici une sensation d’ouverture du thorax ; l’air reste dans les voies respiratoires et les poumons. Elle ne doit pas devenir une obligation de chercher toujours plus d’amplitude.
Le texte de 2019 indiquait des phases rapides de 45 secondes à une minute et trois à cinq cycles. Ces chiffres ne constituent pas un maximum universel garantissant la sécurité. Dans une étude menée chez vingt personnes saines, une pratique apparentée de kapalabhati augmentait temporairement la fréquence cardiaque et la pression artérielle. Le protocole prévoyait des récupérations et ne testait pas l’enchaînement exact décrit ici. Il ne permet donc pas de valider cette ancienne consigne pour tous les lecteurs.
Avant de reproduire une variante avancée, il faut savoir précisément si le geste abdominal se fait avec une entrée d’air ou après expiration en apnée. Remplacer l’un par l’autre change l’exercice. L’aspect du ventre ne permet pas, à lui seul, de distinguer les deux.
Lorsque vous avez fini l’exercice, revenez à une respiration naturelle avant de reprendre vos activités.
Attention à la respiration paradoxale
Attention, la respiration inversée doit se faire dans le cadre d’un exercice, ce n’est pas une forme à imposer en permanence à votre respiration naturelle. Un mouvement volontaire et réversible n’a pas la même signification qu’un mouvement inhabituel qui apparaît spontanément.
Un mouvement paradoxal peut accompagner une dysfonction du diaphragme. Cela ne veut pas dire que toute personne dont le ventre rentre en inspirant a un diaphragme épuisé. Des travaux échographiques chez des personnes ayant une paralysie diaphragmatique montrent justement l’intérêt d’examiner plusieurs critères et plusieurs manœuvres.
Si ce mouvement apparaît spontanément au repos, persiste ou s’accompagne d’un essoufflement, il faut en rechercher la cause avec un professionnel de santé. L’objectif n’est pas de corriger à tout prix la forme extérieure du ventre sans comprendre ce qui se passe.
Conclusion
La respiration inversée attire l’attention par son aspect spectaculaire. Il y a pourtant plusieurs manières de travailler cette coordination, dont une version de petite amplitude. Ce qui m’intéresse est la possibilité d’explorer le mouvement abdominal, son relâchement et sa relation avec le thorax.
L’idée de « massage interne » reste une manière de poser la question. Elle ne vaut pas une garantie de santé intestinale, quelle que soit la technique. Pour le confort, je préfère éviter de pratiquer juste après un repas ; le matin à jeun peut être un choix pratique, pas une condition prouvée d’efficacité.
Contentez vous de peu, c’est déjà bien assez!
N’hésitez pas à laisser vos impressions sur cette technique en commentaire!
A bientôt
Yvan
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4 commentaires
Bonjour Yvan,
Il me semble que vous avez commis une coquille. Je vous mets ci dessous la partie du texte et la modification suggérée en lettre capitale.
« La version avancée: combiner une respiration rapide avec la respiration inversée
Cette version ne doit pas se pratiquer trop longtemps, contentez vous de 3 à 5 cycles maximum.
– Faîtes une respiration rapide par le nez. A l’image de la respiration d’ancrage, expirez fort et laisser l’inspiration se faire de façon passive. Le nez doit faire inspirations et expirations.
– Respirez comme cela entre 45 secondes et une minute
– Puis, réalisez une respiration inversée: rentrez le ventre sur une longue (expiration – INSPIRATION) et aspirez vos organes vers le haut
-Lorsque vous ….. »
J’ai regardé plusieurs vidéos de la technique de Rikson Gracie et les pratiquants observés aspirent bien leurs organes après une totale expiration.
C’est d’ailleurs similaire à la méthode enseignée au professionnel de santé en kinésithérapie. (« Abdominaux Hypotensifs »: vider totalement l’air – fermer la bouche & boucher le nez – inspirer )
Par ailleurs, il me semble impossible d’aspirer le ventre vers le thorax en étant chargé d’air. Je pratique la respiration inversée de manière différente à celle décrite dans votre article dans le cadre des arts martiaux chinois. Mon mouvement respiratoire m’amène à rentrer le diaphragme sur l’inspiration. Concrètement, il se resserre, recule légèrement mais il me semble impossible de l’aspirer.
Voici une vidéo qui se rapproche de la méthode que j’utilise.
https://www.youtube.com/watch?v=5qKdQPCUIbE
Elle est pour moi énigmatique car je n’arrive pas à déterminé avec certitude si certains mouvements de ventre sont exécutés sur l’inspir ou sur l’expir. Curieusement, je n’arrive pas à dire si il s’agit de la méthode que j’utilise ou s’il s’agit d’une variante. Enfin pour revenir au point évoqué plus haut, je trouve l’amplitude du mouvement de diaphragme vraiment etonnant et quelques subtilités m’échappent.
Si vous parvenez à comprendre la méthode présentée dans cette courte vidéo, je serai particulièrement heureux d’échanger sur le sujet.
J’ai découvert l’Observatoire des Art Martiaux ainsi que ce blog il y a quelques jours. Votre démarche et vos recherches me passionne. Le travail que vous avez effectué est impressionnant. Je reprendrai contact avec vous très prochainement.
Bien à vous
Olivier
Bonjour Olivier et merci pour le commentaire!
En fait, le diaphragme ne remonte jamais, il se déplace et est compressé vers le dos. Le diaphragme ne peut anatomiquement pas monter dans la cage thoracique.
Bonjour Yvan,
Merci de m’avoir répondu et merci pour cette précision.
Je profite de ce commentaire pour répondre à l’une de vos invitations; s’il est possible d’en savoir plus sur la méthode REBO2T je suis preneur 😉
En attendant, j’ai plus d’une quinzaine d’articles à lire sur votre blog et je vais me pencher sur la méthode TRE que j’ai découvert sur votre site.
Je vous renouvelle mes respects et mes remerciements.
Avec plaisir.
C’est le nom que je donne à ma méthode de respiration. L’idée et de réapprendre à respirer depuis la base puis de spécialiser la pratique pour répondre à une problématique précise.C’est ce que je fais dans mes cours ne ligne pour la base puis en particulier pour la spécialisation.