Le nerf vague et la prise de décision

biologie, Comprendre la pratique, Respiration, science, stress

Sur ce blog, je parle régulièrement de mon modèle de travail principal qui est que la psyché est en fait l’expression « mentale » du corps. Ainsi, le corps va influer sur le mental en l’influençant positivement ou négativement. Dans cet article, nous allons nous intéresser au lien entre le nerf vague et la prise de décision. De prime abord, le lien peut sembler lointain puisque le nerf vague est une structure physiologique importante du système végétatif tandis que la prise de décision est plutôt à priori un processus mental. Nous allons voir que pourtant, l’un influence l’autre, ce qui a de grosses répercussion en terme d’effets du stress mais aussi de la respiration sur les processus mentaux.

Cet article prend ses sources dans un article publié par De Couck et al., du premier mars 2019 publié dans l’International Journal of psychophysiology. Ce journal est à comité de lecture et possède un Impact Factor de 2.88.

L’impact du stress sur la prise de décision

 

La prise de décision est au cours de notre journée un processus mental commun dans notre vie moderne que ce soit dans la sphère privée ou professionnelle. Notre capacité à prendre des décisions semble être quelque chose de limité. Certains grands de ce monde ont d’ailleurs fait en sorte que les décisions futiles comme choisir comment s’habiller ne fassent plus partie de leur quotidien pour libérer de la capacité de cerveau pour des choses qui importent. Ainsi, B. Obama ou M. Zuckenberg ont fait en sorte d’avoir toujours la même tenue dans leur garde robe en multiple exemplaire…

La caractéristique d’une décision est que généralement, elle se fait sous une contrainte de temps et/ou de conséquences plus ou moins importantes. Résultat, la prise de décision est source de stress. Dans le monde du business, l’évaluation de la capacité à prendre des décisions dans ces conditions est d’ailleurs devenu un critère de sélection.

Or, il est connu que le stress a un impact négatif sur la plupart des fonctions cognitives et sur les émotions et ce, même plusieurs heures après le pic de stress. En effet, si on en revient à la base de l’utilité du stress, pas besoin de savoir compter pour échapper à un sanglier en courant. Par conséquent, ne pas savoir gérer son stress va faire que la prise de décision sera de plus en plus mauvaise avec le temps. De plus, cela provoquera des difficultés à se détacher du travail et à être capable de réellement se reposer.

 

Le stress fait prendre des décisions moins pertinentes et plus délétère pour les autre

 

Une étude sur environ 2000 participants a été réalisée pour évaluer l’impact du stress sur la prise de décision. Il en est ressorti qu’en moyenne, les décisions sous stress sont plus désavantageuses pour l’entourage (plus égoïstes), plus axée sur la récompense à court-terme et plus risquée que des décisions prises sans stress additionnel ( Starcke and Brand, 2012) . De quoi se poser des questions sur la pertinence d’être dirigé par des gens toujours sous pression et sur-sollicités… Et qui explique grandement aussi l’état de notre société actuelle…

Pire, une autre étude montre que les décisions prises sous-stress conduisent à une distorsion de l’information, l’incapacité à voir des alternatives et la capacité à choisir la meilleure option parmi différentes solutions. Bref, la capacité à gérer le stress (et à être conscient qu’on est stressé) fait qu’on est capable de prendre de bonnes décisions ou pas… Et donnera des bons dirigeants à tous les niveaux de responsabilités… Ou pas.

 

Un rapport entre le nerf vague et la prise de décision

 

Le nerf vague est le dixième nerf crânien et est la principale branche nerveuse du système parasympathique. Il est connu comme étant impliqué dans la modulation du stress. Ce qui nous intéresse ici est que le nerf vague est lié au zones du cerveau impliquée dans la prise de décision et dans la régulation des émotions.

L’activité du nerf vague peut être corrélé à un paramètre physiologique la HRV pour Heart rate variation. La HRV est la mesure de la variation entre les battement de coeur. Cette mesure a été corrélée à l’activité végétative du système nerveux. Son suivi permet donc de connaître indirectement le comportement du nerf vague.

De façon intéressante, la HRV est également positivement corrélée à l’activité cérébrale de la région liée à la prise de décision dans le cortex préfrontal. Par conséquent, il est possible que cette corrélation indique que le nerf vague a une influence sur la prise de décision.

 

L’activation du nerf vague et son influence sur la prise de décision

 

Le nerf vague peut être activé de diverses manières, directes ou indirectes. Directement par stimulation électrique, indirectement par la respiration. Les effets de cette activation influencent les capacités cognitives. Par exemple, une stimulation artificielle du nerf vague améliore la mémoire photographique ainsi que le temps pour prendre une décision. De même, l’aversion au risque et le contrôle de l’attention varie en fonction de l’activité du nerf vague (ce qui a été mesuré par le suivi de la HRV). Tout ceci indique l’importance du système nerveux autonome dans l’utilisation des fonctions cognitives et donc la prise de décision.

 

L’activation du nerf vague protège du burn-out

 

Le nerf vague n’influe pas seulement directement sur les capacités cognitives. Nous avons vu plus haut que le stress affecte négativement les décisions. Une forte activité du nerf vague entraîne une meilleure récupération face au stress à la fin d’une journée de travail. Ainsi, il a été montré qu’il y a une corrélation entre forte activité du nerf vague et diminution du risque de burn-out. En effet, celui qui est capable de se « nettoyer » du stress quotidien ne l’accumule pas et donc n’épuise pas son corps qui peut récupérer la nuit en s’endormant paisiblement (avec le 4/7/8 par exemple).

De plus, une forte activité vagale conduit à une meilleure synchronisation entre cerveau, système immunitaire périphérique et réactions hormonales au stress. Le corps évite ainsi d’être inflammé en permanence et surdosé en cortisol qui nous tient en mode alerte tout le temps.

Il a été ainsi corrélé que les gens avec une forte HRV, donc forte activité du nerf vague, sont en meilleure santé, moins sujet aux maladies chroniques souvent liées à l’inflammation et ont moins de risques de problèmes cardio-vasculaire. Mieux, une étude de 2013 montre une corrélation inverse entre apparition de cancer et activité du nerf vague…

 

Respiration et contrôle de l’activité du nerf vague

 

Le contrôle du nerf vague peut se faire par stimulation électrique. Le problème c’est que cela demande de la chirurgie et que ce n’est pas spécialement agréable… Par conséquent, d’autres moyens ont été évalués pour jouer sur le nerf vague et évidement la respiration est arrivée sur le tapis.

Les méthodes de respiration profonde combinées au biofeedback (entre parenthèse, mon ami Michael Illouz m’a parlé aujourd’hui même d’un device de biofeedback que je dois tester, coïncidence amusante…) ont montré être capable d’augmenter la HRV. Le mécanisme serait triple: action sur les barorécepteurs et donc renforcement de la capacité à maintenir l’homéostasie, action sur le cortex préfrontal et action directe sur la HRV.

Or, il existe de nombreux motifs respiratoires différents. La question était donc de savoir si ces motifs avaient une incidence particulière sur la prise de décision. Des études faisant varier le ration inspiration/ expiration ou le nombre de respiration par minute montrent un effet (je vous laisse trouver lequel, la réponse est dans le blog :P). Cependant, ces études sont encore balbutiantes.

Dans l’étude présentée ici, les chercheurs ont évalué deux motifs avec une variation dans l’expiration seulement et spécifiquement sur la prise de décision.

 

Les motifs respiratoires évalués

 

Deux motifs respiratoires ont été comparés face à un troisième groupe contrôle qui lui respirait sans consigne. Le motif respiratoire était tenu pendant 5 minutes.

Le premier motif est un motif prônant une symétrie respiratoire.:

  • un compte de 5 sur l’inspiration
  • Apnée pleine de 2 comptes
  • un compte de 5 sur l’expiration

 

Le second motif déséquilibre en faveur de l’expiration

  • un compte à 5 pour l’inspiration
  • Apnée pleine de 2
  • un compte à 7 pour l’expiration

 

A votre avis, quel est le motif le plus efficace et pourquoi? Les chercheurs ont supposé que le motif 2 serait plus efficace puisque l’expiration stimule le nerf vague.

 

Les résultats de l’étude sur la HRV et la prise de décision

 

Au niveau de la HRV, les deux motifs respiratoires l’augmentent. Ces motifs permettent donc de stimuler le nerf vagal. Par contre, aucune différence entre les deux en terme de niveau d’activation. Cependant, des effets plus forts ont été mesurés avec l’expiration allongée. C’est donc ce motif qui a été utilisé pour la mesure de la prise de décision sous stress.

En terme de prise de décision, les groupes avec motifs respiratoires ont eu des résultats statistiquement beaucoup plus haut que le groupe contrôle sous stress (plus de 50 % de réussite en plus). Tout aussi intéressant, le groupe pratiquant la respiration n’a pas vu son niveau de stress bouger tandis que le groupe contrôle présentait une forte augmentation des marqueurs de stress.

 

Conclusion

 

Cette étude est particulièrement intéressante. En effet, elle montre l’impact du nerf vague sur un processus mental. Si on prend mes termes, un impact de la psyché sur le mental. Ceux qui me suivent savent depuis un moment que le nerf vague se contrôle par la respiration. C’est donc un lien direct vers le contrôle de nos capacités cognitives.

Concernant l’étude, il y a quelques points faibles. Principalement, par rapport à mon expérience est que les sujets n’ont pas été entraînés à bien respirer. Résultat, leur cycles respiratoires étaient d’environ 14 respirations par minute. Pour rappel, descendre sous les dix devrait être une priorité. Par conséquent, les deux temps supplémentaires à l’expiration n’ont pas pu avoir une grosse influence. Néanmoins, malgré cela, des effets sont notés donc imaginez avec un peu d’entraînement.

Enfin, dernier point, la comparaison de deux motifs est pertinente. Vous savez qu’il existe de nombreuses techniques respiratoires différentes. Certains pensent que quoiqu’on fasse, on obtient les mêmes résultats. Ce n’est pas vrai. Par expérience, on s’en rend vite compte, mais l’expérience demande une vraie pratique, pas de la conversation. Cependant, il est intéressant de pouvoir objectiver cette assertion statistiquement, ce qui a été fait ici.

Pour conclure, la respiration agit sur la prise de décision sous stress. Une qualité professionnelle importante. Cela me conduit donc à vous renvoyer sur la série respiration et stress au travail qui est en cours. Vous y trouverez des solutions pour diminuer ce stress par la respiration et plus ;).

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A bientôt

 

Yvan

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