Le contrôle mental : symptôme d’une absence de contrôle du souffle
Le contrôle mental en méditation est souvent interprété comme un problème psychologique mais pourrait-il être lié à un problème de respiration?

Retour d’expérience, EEG et compréhension progressive des seuils de la méditation
Depuis plusieurs mois, j’utilise un électroencéphalogramme (EEG) grand public pour revoir en profondeur ma pratique de la méditation. Mon objectif n’était pas de “mesurer la méditation”, encore moins de chercher une performance cérébrale, mais plutôt de confronter ce que je vivais subjectivement avec des marqueurs physiologiques simples.
Assez rapidement, cet outil m’a permis de mettre en évidence quelque chose de très clair : il m’est possible de modifier radicalement mon activité cérébrale en deux ou trois minutes à peine, à condition de faire exactement l’inverse de ce que j’avais appris jusque-là. Cette réalisation a confirmé un modèle que je développe depuis longtemps :
👉 le mental prend la place du souffle dans la tenue de la conscience,et tant que le souffle n’est pas réellement à sa place, le mental ne peut pas lâcher.
Le premier niveau de pratique : calmer le mental
Quand on s’intéresse à la méditation, le premier objectif est presque toujours le même : ralentir le flux de pensées, puis le canaliser. À mesure que la pratique avance, ce flux se réduit jusqu’à donner l’impression d’un silence mental.
Sur les EEG grand public, ce “bruit mental” se caractérise principalement par la présence d’ondes bêta, et dans une moindre mesure gamma. Les gamma sont surtout associées à des phases de réflexion intense, tandis que les bêta sont très présentes lorsque le mental est actif, anticipateur, en roue libre. Dès que l’on commence à se poser, les bêta diminuent naturellement et les ondes alpha montent légèrement. Jusque-là, rien de surprenant.
Mais une question fondamentale apparaît rapidement : que veut dire réellement “se poser” ?
Le piège du mental tenu
Pour la majorité des pratiquants, “se poser” consiste à tenir le mental. On le focalise sur quelque chose : un objet, un ensemble de sensations, la respiration. Cette focalisation limite le bavardage, et donne une sensation de calme. Naturellement, en procédant ainsi, la respiration ralentit. Cela a un effet direct sur le système nerveux autonome, qui bascule vers le parasympathique. En théorie, l’organisme se dirige donc vers le repos.
Sauf qu’un problème apparaît très vite.
Tant que le mental est tenu, il existe un niveau que l’on ne peut pas dépasser. Tenir, ici, signifie forcer le mental à faire quelque chose : maintenir une consigne, surveiller un point, réguler la respiration.
Le paradoxe est le suivant :
👉 à partir du moment où une consigne est fixée et maintenue, les ondes bêta ne baissent plus réellement.
Le mental ne fait plus de commentaires, mais il est toujours actif. Il surveille, il ajuste, il contrôle.
C’est précisément à ce stade que beaucoup de pratiquants restent bloqués, prenant cet état pour du silence mental, alors qu’il s’agit en réalité d’un mental silencieux mais tenu.
Le rôle du système nerveux autonome
Cette compréhension devient beaucoup plus claire lorsqu’on observe le rôle du système nerveux autonome (SNA). Le système sympathique alimente directement l’activité mentale. Le mental est une fonction d’anticipation et d’analyse : dès qu’un stress apparaît, même très subtil, cette fonction est mobilisée. On peut d’ailleurs observer un phénomène paradoxal chez certains méditants : leur variabilité de fréquence cardiaque (HRV) chute pendant la pratique. Or, une baisse de HRV indique une activation sympathique, donc un effort physiologique.
Autrement dit, ces personnes ne se reposent pas réellement :
👉 elles forcent un état de calme.
Cela ressemble à de la neutralité, mais ce n’est qu’un changement de forme du mental. Pire encore, comme cet état est énergisant (du fait de l’activation sympathique), il peut renforcer une certaine image de soi : “je médite bien”, “je suis posé”.
Quand la respiration reprend sa place
Tout change lorsque le contrôle respiratoire est réel.
Dans mon travail (et notamment dans REBO2T), la respiration n’est jamais abordée comme un simple outil de relaxation. Elle est construite comme une chaîne fonctionnelle, qui sert à la fois de structure au corps et de support à l’équilibre neurovégétatif.
Cette structure permet une chose essentielle : tenir une posture sans effort. Tant que le corps doit être tenu volontairement, les bêta ont du mal à descendre, et les sensations physiques restent envahissantes., Une fois cette base installée, l’utilisation de motifs respiratoires précis permet de modifier profondément l’équilibre du SNA. Oui, ces motifs peuvent lancer une activité en bêta, mais sans stress. Au contraire, ils provoquent une bascule franche vers le parasympathique.
À ce moment-là, l’alimentation du mental est coupée.
Il ne disparaît pas par décision.
Il devient simplement inutile.
Le premier seuil réel : l’alpha
C’est là qu’apparaît le premier seuil intéressant en méditation : la bascule en alpha.
Les bêta chutent réellement, les alpha montent. Les sensations associées sont très claires : présence tranquille, absence de commentaires, impression de stabilité, conscience claire, sans tension. Ceci est le cas en alpha haut, mais bien installé. Si la pratique se poursuit, la respiration continue de ralentir, le parasympathique devient dominant, et l’on glisse progressivement vers un alpha plus bas.
Il commence alors à y avoir des phénomènes de type perte de repères temporels, un grand bien-être où il ne se passe rien mais on a envie d’y rester, un début d’effacement des sensations physiques. Cet effacement dépend grandement de la respiration. Plus elle est faible et lente, plus on perd contact avec le corps.
Là est le deuxième seuil compliqué. En effet, tenir conscient à ce stade demande d’être très confortable avec le souffle qui disparaît, ne pas réfléchir et être simplement conscient sans juger ce qui se passe, sinon on remonte en beta, mais ne surtout pas s’endormir. Le sommeil est le risque à ce stade et d’ailleurs, sur la voie du sommeil, il peut y avoir des visions et des débuts de rêves puisque les theta montent et on passe par des petites phases hypnagogiques (ce que certains prennent pour des révélations).
C’est précisément à ce stade que je suis resté bloqué longtemps.
En effet, pour descendre encore plus bas l’activité cérébrale, il y a un blocage. Ce blocage n’est pas d’ordre mental, il est d’ordre physiologique : la respiration remplace le mental dans la tenue d’une conscience. Pour descendre encore plus bas tout en restant conscient, quelque chose devait prendre le relais du mental. Et ce quelque chose, c’était la respiration. En réalité, la respiration tenait encore. Son tonus ventilatoire agissait comme une sentinelle silencieuse, maintenant à la fois le corps et la conscience.
Deux options existaient alors : rester à ce seuil ou s’endormir lorsque le parasympathique devenait trop dominant
Pour expliquer ce que j’ai fait, il faut revenir un peu en arrière et on va rentrer dans toute la logique de REBO2T.
Le saut de progression : relâcher la posture ventilatoire
Dans la méthode REBO2T, on commence par construire une chaîne respiratoire puissante qui sert de structure au corps. D’ailleurs, cette structure permet de rester en position méditative sans effort, facilitant là aussi la diminution des beta. En effet, si vous devez vous soucier de tenir votre structure, les beta vont avoir du mal à descendre et vos sensations physiques vont vous gêner.
Le travail biomécanique par lequel nous commençons la méthode REBO2T met en place ce travail. Il permettra ensuite de correctement utiliser les motifs respiratoires pour modifier l’équilibre du SNA. Sauf que, avec le temps, c’est précisément ce système qui vous tient. Quand vous arrivez en alpha, et encore plus en alpha bas, il y a cette sentinelle silencieuse qui empêche de lâcher. En effet, son tonus naturel veille à tenir le corps mais aussi le mental, tout ralenti qu’il soit. Ainsi, le point bloquant devient paradoxalement le tonus ventilatoire.
C’est là où j’ai eu ce saut de progression. En focalisant sur le relâchement du tonus ventilatoire, j’ai eu une montée immédiate des ondes theta qui sont devenus supérieures aux alpha. Que s’est-il alors passé ? Une poursuite de la dissociation corporelle, des images de plus en plus nette mais aucune perte de conscience.
Lors de la première fois, un phénomène très intéressant a eu lieu. J’ai entendu comme si une armoire s’était effondrée dans la pièce où j’étais. J’ai ouvert les yeux pour vérifier ce qui était tombé mais rien ne s’était passé. C’est en fait un phénomène bien documenté : l’hallucination hypnagogique auditive ou bang hypaggique. C’est un test que votre cerveau fait pour vérifier que vous êtes bien endormi et qu’il peut vous amener dans le sommeil. C’est un marqueur fort de theta stable et d’alpha qui diminue.
Theta stable et conscience maintenue
Bref depuis que j’ai fait cela, il m’est très facile de descendre en theta constant.
Que se passe-t-il alors ? Des images très réelles, pas vraiment du rêve mais pas loin, tout en restant complètement conscient d’être en train de méditer. L’objectif est alors de laisser passer cela pour descendre encore en theta bas. Point intéressant, à ce niveau la HRV remonte fort indiquant un bon équilibre du SNA. Le calme est ainsi structurel et non plus amené par la volonté.
Conclusion
Ce parcours m’a permis de mettre des mots précis sur une intuition ancienne :
Le contrôle du mental n’est pas le problème.
Il est le symptôme d’un souffle qui n’est pas à sa place.
Tant que le souffle ne tient pas correctement le corps et la conscience, le mental est obligé d’intervenir. Et tant qu’il intervient, il ne peut pas réellement lâcher.
La méditation profonde ne consiste donc pas à calmer le mental, mais à retirer la nécessité de son intervention.
Et cela, ce n’est pas une question de volonté. C’est une question de physiologie.
Cette année, j’ai d’ailleurs montré cela pour la première fois à mes moniteurs en formation pour qu’ils puissent observer par eux-mêmes la facilité que l’on peut avoir à contrôler les ondes cérébrales en utilisant des leviers bien construits. Cette compréhension complète la logique du cycle de la physiologie de REBO2T et de son influence sur le mental.
Le contrôle mental n’est pas une erreur de pratique, mais le symptôme d’un souffle qui n’est pas encore à sa place.
A bientôt
Yvan

Très intéressant ! Merci, Yvan, pour ce témoignage et cet éclairage.