En cette période de confinement, beaucoup d’entre nous se retrouvent à avoir du temps. Beaucoup de temps. En discutant un petit peu, quelque chose est frappant, après moins d’une semaine, plusieurs personnes m’ont confié être déjà désoeuvrées voir angoissées. Comment est-ce possible? Pourquoi le fait d’être chez soi provoque une telle réaction? Nous ne sommes pas (encore) confinés dans des gymnases ou des stades comme ça a pu être le cas en Chine. Alors quel est le problème? Je vais dans ce billet essayer d’apporter quelques pistes de réponses. Et surtout, proposer des approches pour essayer de mieux vivre cette impression d’être enfermé avec soi-même.

 

Le portrait de Dorian Gray

Quand est la dernière fois où vous avez observé votre esprit?

 

Nous sommes dans une société de l’information. Notre esprit est attiré par une stimulation puis une autre et encore une autre en permanence. Nos possibilités d’activités sont infinies, les opportunités et les potentiels à explorer aussi. Rapidement, on a envie de tout faire, tout essayer. Nous sommes dans une société où tout pousse à la recherche du plaisir immédiat, de dose répétée de dopamine par quelque moyen que ce soit. Les réseaux sociaux ont d’ailleurs basé leur succès là dessus.

Dans le milieu de la recherche de l’indépendance financière, on parle du concept de « rat race ». Pour faire simple, ceci illustre que l’on cherche à gagner plus d’argent pour avoir un meilleur confort matériel mais que pour maintenir ce confort matériel, il va falloir accumuler encore plus d’argent. En plus de celui que l’on va chercher à gagner pour avoir encore plus… Cela revient à regarder un hamster courir toujours plus vite dans sa roue jusqu’à l’épuisement.

Quel rapport avec notre sujet? La recherche du plaisir est lié à la même chose. Nous sommes constamment à la recherche d’une nouvelle stimulation pour retrouver cette sensation de plaisir. Résultat, c’est comme être en face d’un buffet à volonté et de ne jamais pouvoir s’arrêter parce qu’on veut tout goûter. C’est une course sans fin. L’interprétation est souvent:  » Ah, j’aimerais avoir plus de temps pour faire ceci ou cela ». Non, c’est une boulimie mentale le problème pas le temps. Phénomène facilement détectable si on prend juste un peu de temps pour observer le fonctionnement de son esprit. Or, qui prend le temps de faire cela?

 

La boulimie mentale, une maladie de l’esprit qui nous coupe de qui nous sommes

 

Les bouddhistes enseignent que se libérer de la recherche du plaisir conduit au bonheur. A un niveau bateau, on comprend en quoi fuir cette boulimie de sensations est libérateur. Mais il y a un autre problème. Si l’on se construit à partir de la recherche de sensations, qui sommes-nous?  Quelles sont nos aspirations? Nos objectifs? Nos valeurs mêmes? Pensez-vous qu’un héroïnomane qui braque quelqu’un pour avoir sa dose a dans ses valeurs le fait d’être un délinquant? L’addiction, quelle que soit sa forme, masque qui nous sommes en faisant passer notre physiologie déréglée comme notre personnalité puisqu’elle prend le contrôle de toutes nos actions.

Si nous en revenons à notre sujet, que se passe-t-il lorsque nous sommes coupés de nos stimulations? Nous nous rendons compte que nous ne savons pas vraiment qui nous sommes. Et cela est angoissant, voire terrorisant quand on ne s’en est jamais préoccupé avant. En effet, revenons un peu à du factuel. Après juste quelques jours, vous êtes chez vous, vous avez à manger, on ne vous coupe pas du monde en enlevant télévision et accès internet. Alors pourquoi être aussi perturbé? Alors certes, il y a l’incertitude de ce qui va se passer dans les prochaines semaines. Mais que pouvez-vous y faire de toute façon? C’est juste un excellent moyen de travailler le lâcher-prise. Donc cette angoisse est lié à un problème d’identité ou de refus de voir qui nous sommes.

Cela peut paraître ridicule, mais si vous saviez combien de fois j’ai vu des gens se mettre à pleurer, se mettre en colère contre eux ou les autres simplement ou fuir en les faisant s’observer sans rien faire d’autre pendant quelques minutes… Il n’est pas si commun d’être en paix avec ce que nous voyions chez nous. C’est un vrai travail.

Le problème est que lorsqu’on se retrouve face à soi, sans rien faire d’autre avec les stimulations qui s’amenuisent avec le temps, vous devenez le sujet d’observation de votre mental. Et quand on ne l’a jamais fait, le résultat peut-être déstabilisant. Tout ce qu’on a enterré, tout ce qu’on refuse de voir ressort et vous explose au visage.

 

Comment réagir face à ces révélations qui nous sautent au visage?

 

Plusieurs réactions vont survenir. La peur, l’angoisse, la colère contre soi ou les autres. Tout ceci n’est qu’un symptôme et une occasion de ramener votre attention sur une stimulation externe. Mais comme nous l’avons déjà vu sur ce blog, l’émotion est une information. Il faut comprendre pourquoi elle est là. L’erreur serait de trouver une explication externe dans ces conditions alors que le problème est que vous êtes seuls avec vous-même.

Certains pourraient d’ailleurs s’énerver en lisant ces mots contre moi. Avant que cela arrive, et si c’est déjà arrivé essayez quand-même, vous allez tenter une petite expérience. Prenez une chaise, la plus simple possible, posez-la face à un mur et asseyez-vous. Restez assis le plus longtemps possible et ne faîtes absolument rien. Laissez votre esprit divaguer, peu importe, ne faîtes juste rien. Notez ce qui se passe. Notez comment votre esprit va vous demander, vous suppliez, vous menacer pour que vous fassiez autre chose. Observez les émotions qui vont ressortir. Ne voyez-vous pas une ressemblance frappante avec ce que vous ressentez, en peut-être plus intense dans l’exercice, dans votre quotidien enfermé?

Bravo, vous venez de voir que c’est le bordel dans votre esprit. Là, le travail va pouvoir commencer et la découverte de qui vous êtes et de ce qui vous plaît vraiment aussi. A mon sens, il n’y a qu’en faisant l’effort d’effectuer ce travail que vous pourrez vous sortir de cette peur qui vous prend quand vous ne vous noyez pas dans des stimulations diverses et variées.

 

Les outils pour effectuer ce travail

On pourrait croire qu’il y a tout un tas de techniques compliquées pour faire cela. Ce n’est qu’un piège supplémentaire qui pousse à vivre de la nouveauté et distraire l’esprit. Par essence, ce travail est amer. En effet, il va totalement contre ce que nous sommes conditionnés à faire, c’est-à-dire repousser les problèmes en mettant une stimulation ou une expérience entre vous et eux. C’est pourquoi la fameuse constitution d’une boîte à outils du développement personnel montre uniquement le manque de maîtrise. Quand on veut une belle voiture performante, on va pas tuner et pimper une 4L, on prend une lamborghini. Personne n’aurait idée de tuner une lamborghini parce qu’elle est parfaitement adaptée à ce qu’on veut en faire. La boîte à outil, c’est du tuning pour cacher des qualités qui ne sont tout simplement pas là.

Ce travail se fera en développant ces qualités avec des exercices simples, amer, à répéter encore et encore. En gros, on  peut les séparer en 4. D’abord, ceux qui vont nous permettre d’intégrer nos expériences. Ceux qui vont nous faire comprendre le fonctionnement de notre esprit et de le différencier de notre essence profonde. Ceux qui vont nous permettre d’anticiper et nous adapter. Enfin ceux qui vont nettoyer le trop-plein de saletés que nous avons accumulées et qui nous empêche de vivre tranquillement.

Pour beaucoup de ces exercices, on les regroupera autour de ce qu’on pourrait appeler de la méditation. En ce qui me concerne, je ne vous en donnerai un seul, parce qu’il n’est pas spécialement traumatisant et vous pouvez le faire seul. Pour les autres, je vous invite à vous rapprocher d’un vrai enseignant. La méditation peut-être traumatisante et il est nécessaire de pouvoir débriefer vos séances. Pour informations, Serge Gilette propose de la méditation gratuitement en ligne en ce moment, profitez-en c’est l’occasion parfaite.

Concernant l’exercice que je vais vous proposer, c’est le suivant:

Asseyez-vous tranquillement, fermez les yeux mais gardez-les fixés en face de vous. Repensez à une scène où vous interagissiez avec quelqu’un ou une scène où vous avez dû prendre une décision. Observez-vous simplement depuis l’extérieur en visualisant la scène de préférence en noir et blanc. A la fin, demandez-vous si vous êtes en accord avec ce que vous avez vu. Puis passez à une autre scène. Ne mettez pas d’émotions derrière ce que vous voyiez. Demandez-vous juste si vous êtes en accord ou pas.

 

La respiration cyclique pour remettre le corps en marche

 

Pour ce qui est des possibilités avec la respiration, je vous renvoie à mes articles sur les différentes émotions. Néanmoins, je vais reparler de la respiration cyclique. Cette respiration est une des plus puissantes pour nettoyer le corps de ce qu’il n’a pas pu exprimer. Ce qui ont fait les stages sur les émotions peuvent en témoigner, les effets de cette respiration sont redoutables pour avancer.

Là aussi, je ne donnerai qu’un protocole basique. En effet, pour cet exercice aussi il est important de pouvoir en parler après l’avoir effectué. Cette version ne donnera pas d’effets trop puissant et peut-être utilisée en entretien.

Allongez-vous sous une couverture. Mettez un masque sur votre visage et des boules quies pour vous couper des bruits alentours. Identifiez une de vos émotions qui vous prend lorsque vous pensez au fait que vous êtes seul. Gardez cette émotion en tête puis inspirez en partant du bas du ventre et en montant les épaules. Expirez en abaissant les épaules et en faisant bouger le bassin vers le bas. Répétez ce mouvement en restant concentré sur votre émotion. Faîtes-le jusqu’à ce que votre corps expulse cette sensation. Cela peut prendre une quinzaine de minutes. Cela devrait déjà pas mal aider 😉

 

Conclusion

 

Le confinement auquel nous sommes soumis peut déclencher des émotions fortes et désagréables. Une des raisons est que nous sommes coupés de nos stimulations habituelles et nous nous retrouvons face à un inconnu: nous-mêmes. Et cet inconnu, nous ne l’apprécions pas forcément quand on gratte un peu… Profitez de cette opportunités pour comprendre comment vous fonctionner, quelles sont vos valeurs propres et pas celles qui vous sont imposés par l’afflux constant de stimulations dans la vie habituelle. Si vous faîtes ce travail, non seulement cette période ne vous posera pas de problèmes mais des changements profonds pourraient apparaître pour votre vie quotidienne. Subitement, vous aurez beaucoup beaucoup plus de « temps ».

Pour les exercices conseillés pratiquez les, ils seront d’une grande aide. Pour aller plus loin, faîtes vous accompagner. Pendant cette période, je double mes cours en ligne de l’Ecole de la Respiration. Nous travaillerons sur ce type de techniques.

Voilà, j’espère que cet article vous a été utile et si vous pensez qu’il peut l’être à d’autres, n’hésitez pas à le partager!

 

Je vous souhaite bon courage et à bientôt!

 

Yvan

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